Billet d'humeur

Ahmed Néjib Chebbi : j’appelle à la sagesse des magistrats pour la libération du médecin à Gabès

Par Ahmed Néjib Chebbi

Le corps médical est unanime : les médecins n’arrêteront pas leur mouvement de protestations et de grèves tant que leur collègue de l’hôpital de Gabès, soupçonné d’erreur médicale, n’aura pas été libéré. Il ne s’agit pas de faire obstruction à la justice ni de réclamer une quelconque immunité ou privilège à leur profit.

Il s’agit pour eux de défendre l’honneur du médecin et de protéger leur profession contre tout abus. Plus de quarante jours se sont écoulés sans que le magistrat chargé de l’instruction n’ait daigné accorder au prévenu la libération provisoire, plusieurs fois réclamée par ses avocats.

Il est vrai qu’en l’état actuel de la législation, rien ne l’oblige à le faire. La décision du juge en matière de détention préventive n’est susceptible de recours en appel qu’à l’occasion de son renouvellement, c’est à dire six mois après avoir été prise. La détention préventive est pourtant une mesure exceptionnelle. Elle ne peut être décidée qu’en cas d’accusations graves et pour l’un des trois motifs limitativement énumérés par la loi. Elle ne peut être décidée qu’à l’encontre d’une personne légitimement soupçonnée de vouloir entraver la recherche de la vérité, de commettre de nouveaux crimes au cours de l’instruction, ou de se soustraire à l’exécution de la peine une fois sa culpabilité établie.

Rien ne justifie, en l’espèce, cette mesure exceptionnelle et humiliante. Ni la personnalité du détenu connu pour son professionnalisme et son dévouement à la santé publique. Ni l’état de santé du prévenu hospitalisé à deux reprises suite à des complications cardiaques au cours de sa détention. Ni enfin le rapport d’expertise, ordonnée par le ministère de la santé, et qui a conclu à l’innocence du médecin.

Sans vouloir entraver la marche de la justice, ni nous immiscer dans les détails d’une affaire encore sous couvert du secret de l’instruction, et en attendant l’intervention du législateur pour réformer la loi sur la détention préventive et réglementer l’erreur médicale, force nous est de reconnaître que la société civile et l’opinion publique sont en droit de s’opposer à tout abus de pouvoir et au risque de voir s’établir « le pouvoir des juges ».

Les magistrats ont joui et jouissent encore du soutien de la société civile pour défendre leur indépendance et jouer leur rôle en tant que protecteurs des libertés. Aujourd’hui encore, ils bénéficient du soutien de l’opinion dans leur résistance face aux blocages provoqués par le pouvoir exécutif qui entrave la réunion du Conseil Supérieur de la Magistrature et qui par désespoir de cause fait appel au pouvoir législatif pour tordre le cou à la loi en vigueur et se tailler une loi sur mesure.

Aujourd’hui, on ne peut nous adresser au gouvernement pour réclamer la libération du médecin incarcéré sans piétiner le principe même de la séparation des pouvoirs, c’est à la sagesse même des magistrats que je m’adresse pour réclamer la libération provisoire du prévenu et ramener la paix entre différents corps de la société.

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